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Colonies de vacances pour enfants et adolescents
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Panser les colos à l'heure du covid19

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Se remémorer de chouettes souvenirs de l'été dernier pour envisager 2020.

Guillaume, directeur de colos pour Wakanga a accepté de prendre son clavier avec Mélissa, la présidente de l'association pour essayer de mettre à l'écrit des pensées partagées autour de la préparation de l'été.


Publié le 15/05/2020
Actualisé le 16/05/2020
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Nous voilà bientôt à un mois du top départ habituel des colonies de vacances estivales. Chaque année, c’est la période où nous attendons l’été avec impatience, ayant hâte de retrouver des dizaines d’enfants ou de jeunes à qui nous souhaitons pouvoir faire vivre des vacances qui soient à la fois dépaysantes, reposantes et riches de sens.

Cette année, la période est particulière. Le confinement du pays s’achève tout juste. Certains établissements scolaires commencent timidement à rouvrir, sans pour autant qu’une vraie perspective de ré-accueillir l’ensemble des élèves ne soit possible. En effet, un protocole sanitaire très strict encadre la réouverture des écoles : distanciation physique, proscription de jeux ou jouets, cloisonnement en petits groupes, sens de circulation pour les déplacements, lavages des mains très réguliers, désinfections quotidiennes des locaux notamment. En observateurs, nous constatons la difficulté, voire l’impossibilité, pour les équipes enseignantes, pour les équipes d’animation périscolaire, et pour les collectivités de mettre en œuvre de tous ces principes sanitaires.

Dans ce contexte, le doute persiste encore sur l’été à venir et l’organisation éventuelle des séjours de vacances, des camps et des centres de loisirs. Les annonces pour l’été destinées aux acteurs de l’animation ne devraient intervenir qu’à la fin du mois de mai, au regard de l’évolution de l’épidémie. En cette période, les organisateurs de colonies de vacances craignent pour leur survie économique alors que le secteur est malheureusement déjà trop largement fragilisé et de plus en plus concurrencé par le secteur du tourisme lucratif… Par l’intermédiaire de ce texte, nous voulons contribuer aux débats et aux échanges en focalisant notre discours sur les répercussions de la crise sanitaire sur notre pédagogie, celle que nous tentons habituellement de mettre en place en séjour de vacances.

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Les temps d'échanges et de formation qui se déroulent habituellement en mai ...

Depuis que nous faisons de l’animation, le mois de mai a toujours été celui de la rêverie et des utopies pédagogiques. Avec nos équipes d’animation, la période est aux grands débats sur les choix d’organisation que nous souhaitons mettre en place pour nos colos durant les week-ends de préparation ! Comment faire en sorte que les enfants puissent se lever le matin sans qu’un adulte ne les réveille ? Comment faire pour que ces mêmes enfants puissent prendre un petit déjeuner en plein milieu de la matinée alors que d’autres sont déjà en train de jouer ou de bricoler ? Comment faire pour que les enfants puissent régulièrement se retrouver en compagnie du cuisto de la colo pour choisir ensemble les menus des jours à venir tout en permettant l’approvisionnement des stocks ? Comment aménager nos centres afin de permettre une libre circulation et l’autonomie des enfants ? Au-delà des questionnements, le mois de mai est propice à la création d’outils, d’aménagements, de panoplies ou de meubles ayant vocation de permettre aux enfants de pouvoir utiliser le matériel d’activité de manière autonome, de trouver leurs repères ou de s’approprier les lieux. Bien souvent c’est cette période de rêverie et d’utopies pédagogiques qui permet d’inventer ou de réinventer en équipe de nouvelles manières de faire des colos… et de faire de l’éducation ; sans pour autant que nos colos n’aient de label !

Sur les séjours ensuite, ces choix pédagogiques se concrétisent de différentes manières. Il s’agit alors sur certaines colos de multiplier les activités cuisine permettant aux enfants de préparer le goûter, les repas voire même les confitures qui seront dégustées par leurs copains et leurs copines. Sur d’autres, les équipes investissent dans des dictaphones afin de permettre à des enfants reporters de raconter la colo sur le blog pour les familles. Plus simplement peut-être, c’est aussi et souvent, se réjouir que l’organisation proposée permette à la fin de la colo aux plus jeunes de savoir s’habiller de manière autonome sans réveiller celles et ceux qui dormiraient encore. Parfois, les équipes tentent d’amener certains ados à oser partir camper en autonomie sans eux, après les avoir accompagnés dans la préparation de cette aventure.

Malheureusement, aujourd’hui, l’heure n’est pas pour nous à la rêverie. L’incertitude qui plane sur l’été à venir nous a empêché de constituer nos équipes et s’ajoute à cela l’hypothèse d’un protocole sanitaire drastique pour nos colos, potentiellement semblable à celui exigé pour les écoles ou les activités périscolaires. Loin de nous l’idée de remettre en cause la nécessité de ces mesures sanitaires… Mais nous doutons bel et bien de notre capacité à les faire appliquer sur les colos, voire même de notre désir de devoir encadrer des séjours sur lesquels ces mesures devraient s’appliquer.

Nous doutons de notre volonté d’avoir sans cesse en tête la désinfection nécessaire des espaces que nous occupons plutôt que l’accompagnement des projets que souhaitent mettre en œuvre les enfants.  Nous avons du mal à imaginer des séjours où les enfants ne puissent partager ni jeu, ni matériel ; nous soupçonnons notre incapacité à respecter la distanciation physique lorsqu’il s’agirait de câliner les enfants après un bobo ou  de consoler suite à une petite tristesse du soir avant de s’endormir ; nous doutons de notre volonté d’exiger de jeunes couples d’ados qu’ils n’aient pas à s’embrasser lors de la boom ; nous doutons de notre capacité à privilégier le relevé de la température des enfants plutôt que l’organisation d’une veillée au coin du feu ; nous craignons de devoir annuler nos projets de bivouacs en pleine nature… En bref, nous redoutons que les protocoles sanitaires anéantissent à eux seuls l’essence même de ce qui nous motive à encadrer des colos l’été. Les organisateurs engagés désirant éviter cet écueil se questionnent quant à eux sur le juste équilibre à trouver entre les injonctions institutionnelles – sans évoquer ici la question de leur pertinence – qui tomberont au mieux début juin, la nouvelle ritournelle « il va falloir apprendre à vivre avec » et l’ambition de voir leurs projets éducatifs mis en application.

Les colos sont pour nous des espaces de liberté pour les enfants. Des espaces où il fait bon vivre et où avec les enfants s’inventent d’autres manières de vivre et de faire société. Tous les étés, nous commençons à inventer ce fameux « monde d’après »…

Certains nous rétorqueront peut-être que la période actuelle nécessite plus que jamais l’investissement et l’engagement des acteurs éducatifs cet été afin de rompre l’isolement dont sont victimes les enfants, que les activités de plein air sont indispensables suite à la période de confinement qui a renforcé les inégalités, que nombres d’enfants n’ont pas l’occasion de partir en vacances… Nous en sommes bien conscients et convaincus. C’est d’ailleurs cela qui justifie notre investissement militant, souvent bénévole, sur les séjours de vacances l’été et les mois qui les précèdent.

Mais de la même manière que bon nombre d’enseignants se questionnent actuellement sur le sens de rouvrir les écoles si c’est pour faire subir aux enfants des journées où les contraintes sanitaires prennent le dessus, permettez-nous, à notre tour, de nous interroger sur le sens que cela pourrait avoir pour nous, pour les enfants tout comme pour de jeunes équipes d’animation qui les encadreront, de vivre des colos comme celles-ci.

repos rêverie

Se reposer, rêver et prendre le temps de vivre à son rythme ...

Il est important de rester optimiste et c’est alors que les défis commencent : mettre des mots sur nos propres angoisses et celles de l’équipe, réfléchir à de nouvelles formes d’activités, réduire au minimum les actions anxiogènes, pour tenter de prendre soin des enfants dans un cadre bienveillant… L’enjeu n’est-il pas finalement de réussir à prendre soin de la santé des plus jeunes sans pour autant être des experts ? Cela nécessite alors de trouver le juste équilibre entre les trois pans constitutifs de l’état de santé, à savoir physique, mental et social. Nous avons des difficultés à croire que le virus s’évaporera le 3 juillet à 16h30 lorsque retentira la dernière sonnerie de cette année scolaire si étrange. Néanmoins, nous espérons vivement que les semaines auront permis aux scientifiques de continuer à avancer sur l’état des connaissances, au gouvernement de proposer des aides qui permettront à un maximum de personnes de partir en vacances, aux organisateurs de proposer un cadre rassurant, plaisant et réaliste aux équipes, et à ces mêmes équipes de se rassurer sur leurs capacités à offrir une dizaine de jours de vacances ressourçantes et enrichissantes.

De nombreuses choses sont encore à inventer pour les gamins durant l’été à venir, nous nous y attellerons d’ailleurs certainement. Mais permettez-nous d’émettre l’hypothèse que cela sera certainement différent des colos et des camps que nous aimons et que nous avons habituellement le désir de mettre en place. Alors, veillons à ce que les enfants y conservent leur statut de vacanciers, libres et heureux. Et donnons-nous rendez-vous, le plus tôt possible, pour refaire à nouveau des colos comme celles qui nous font rêver, en espérant avoir à garder de cet anormal été quelques agréables souvenirs et expérimentations à reproduire. 



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