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Notre projet éducatif


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Projet éducatif

REPORTAGE / "Tu fais quoi aujourd'hui ?"

Pas de planning établi à l’avance, pas de cloisonnement entre "petits" et "grands", pas d’obligation à "faire le jeu comme tout le monde"... Plongée dans une colo où les enfants ont le choix de leurs activités, et sont heureux de les faire.

Tout est parti d’un malentendu. En début de séjour, Marc, onze ans, avait suggéré lors d’un conseil d’enfants que l’on construise des cabanes dans la forêt toute proche. Approbation générale, excitation palpable. Des idées d’architecture germaient dans toutes les têtes et les plans les plus fous n’allaient pas tarder à être couchés sur papier. Mais au milieu de l’enthousiasme collectif, la petite Clara avait osé évoquer ses craintes : "Alors, on dormira plus dans le centre ?"

Pour lui répondre, Marc a pris son air de spécialiste et toisé la benjamine de la colo du haut de son mètre cinquante : "Ben si ! Les cabanes, c’est fait pour jouer , pas pour dormir !" Certains enfants ont protesté : "Si, des cabanes on peut dormir dedans, faut mettre un toit, c’est tout". Déstabilisé, Marc s’est tourné vers les animateurs. Pierre, l’un des plus expérimentés, a expliqué au groupe :"Si vous voulez dormir dedans, vos cabanes doivent être solides et bien protégées de la pluie". Après quelques regards interrogateurs entre copains, le pari était pris.

Trois jours durant, les enfants se sont relayé pour construire les cabanes. Et puisqu’on allait y dormir, il fallait faire comme dans les maisons : ajouter des meubles. Des tables de chevet rudimentaires ont vu le jour, de même que des étagères de fortune pour accueillir les affaires de chaque locataire. Pour la première nuit, il y avait plus de candidats que de places disponibles. Il a donc fallu instaurer un roulement : tous les soirs jusqu’au terme du séjour, les enfants avaient la possibilité de participer par petits groupes à la "nuit des cabanes".

Arbitrage adulte
Si un tel projet a pu naître, c’est aussi parce que les enfants ne vivent pas sous la contrainte d’un planning décidé avant leur arrivée. Dans cette colo implantée en Bretagne, qui accueille des enfants de 8 à 12 ans, le fonctionnement adopté est très souple : les enfants ont chaque jour la possibilité de choisir leurs activités, tantôt à leur initiative, tantôt à celle des animateurs.

"Nous n’imaginions pas obliger des enfants à faire une activité qu’ils n’auraient pas souhaitée, explique Nicolas, le directeur du séjour. Nous devons être attentifs à leurs souhaits, exprimés ou non, et nous adapter en conséquence". Avec un écueil à éviter : celui de transformer l’enfant en prescripteur, imposant ses désirs à toute la collectivité.

"Les propositions d’activités sont rarement le fait d’un seul enfant, souligne justement Nicolas. Par exemple, autour d’un projet camping, on retrouve généralement un groupe de quatre ou cinq copains, désireux de s’investir dans la préparation de l’activité, pas seulement de la consommer". Les animations sont donc négociées collectivement et arbitrées au besoin par les adultes. Il y a deux jours, ils ont ainsi mis leur veto à une demande de boum jusqu’à deux heures du matin, en arguant de la tranquillité du voisinage...

Aller vers l'inconnu
En début de séjour, les demandes d’activités étaient plus conventionnelles. Du côté des garçons, on réclamait à corps et à cri des matches de foot. Quant aux filles, elles étaient nombreuses à souhaiter une sortie shopping. Des demandes recevables, mais pas forcément prioritaires. ‘‘Dans les premiers jours, les enfants proposent souvent des activités qu’ils connaissent, constate le directeur du séjour. Ce n’est que plus tardivement qu’ils pensent à proposer des activités nouvelles pour eux’’. Ce qu’Emilie, une animatrice du séjour, résume de la façon suivante : "Lorsqu’ils arrivent en colo, les enfants débarquent en terre inconnue. Il est donc plus rassurant pour eux de se tourner vers des activités familières en début de séjour".

Autre point majeur du projet porté par l’équipe d’animation : les activités ne se déroulent pas nécessairement par tranches d’âge. "L’idée d’une vie collective s’accorde mal avec un cloisonnement en différents groupes, d’un côté les 8-9 ans et de l’autre les 10-12 ans", analyse le directeur. C’est ainsi que des enfants d’âge différent peuvent partager la même activité, l’animateur ayant pour tâche de la rendre accessible et intéressante aux plus jeunes comme aux plus âgés.

Dans les chambres en revanche, pas de mélange entre "petits" et "grands" pour respecter les rythmes propres à chaque âge. Ce qui n’empêche pas Léo, au moment où il part se coucher avec les copains de son âge, de déclarer très fier : "Y’a un grand qui m’a dit que j’étais fort au basket malgré que j’suis tout petit"...

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