Qui sont les
adultes qui travaillent dans un séjour de vacances ? Quel
est leur rôle au quotidien auprès des enfants ? La
série "Ils font la colo" lève le voile sur la
question.
Janvier 2009 (2/6) -
Léa, directrice adjointe
Courses urgentes
Abonnée le matin aux
rayons des supermarchés,
réquisitionnée l’après-midi
pour le transport des enfants en minibus,
dépêchée chez le médecin le
soir... Léa, directrice adjointe, est sur tous les fronts.
On aurait aimé un coin tranquille pour faire connaissance
avec Léa, la directrice adjointe de cette colo de
pré-ados, nichée dans le Haut-Rhin à
800 mètres d’altitude. Las, il faudra se contenter
du Renault Trafic avec NRJ en fond sonore. Six gamins qui reprennent en
chœur Amel Bent, un animateur avec eux et la directrice
adjointe au volant. "J’en
ai pour plus de deux heures de conduite en comptant tous les
allers-retours", s’excuse-t-elle, pendant
qu’on tente de prendre des notes malgré les
secousses sur la route.
La vie de directrice adjointe est loin d’être
calme. Levée à sept heures pour aller chercher le
pain à la boulangerie, sa journée ne se terminera
que vers minuit, une fois la réunion avec les animateurs
achevée. Que fait Léa entre deux ? "Je seconde le directeur dans
certaines tâches. A lui la comptabilité, les
relations avec les parents et la gestion alimentaire. A moi les courses
et le suivi de l’équipe. Pour le reste, on se
partage les transports en minibus".
Halte à "l'activisme"
Agée de 23 ans, Léa compte huit colos
à son actif, dont deux en tant que directrice adjointe.
Poussée par l’envie de monter ses propres projets,
elle a choisi de passer son BAFD (Brevet d’Aptitude aux
Fonctions de Directeur) il y a deux ans. "C’est quand
j’ai eu de plus en plus de mal à trouver des colos
qui me correspondaient en tant qu’anim que j’ai
réalisé qu’il serait
peut-être temps de me lancer dans la direction".
Son credo ? "Ne pas
vivre sous la contrainte d’un planning minuté".
Lassée des colos où les gamins étaient
constamment pressés pour être "à
l’heure" aux activités, elle privilégie
désormais une autre approche, en permettant aux enfants de
choisir leurs activités selon leurs souhaits, et non suivant
les décisions des adultes. "Une plus grosse organisation
pour nous, mais une plus grande satisfaction pour les mômes",
d’après Léa.
Battante
Le séjour ne se termine que dans cinq jours, mais
déjà la directrice adjointe en tire un premier
bilan. Au rayon des tâches les plus éprouvantes,
la négociation. "Il
faut taper du poing sur la table avec certains prestataires, qui
rognent sur la durée des séances,
enrage-t-elle, pendant que son minibus s’englue lentement
dans les bouchons. Ou
se battre, comme hier chez un médecin qui refusait
d’accepter une enfant titulaire de la CMU
[Couverture Maladie Universelle]". Mais c’est aussi parce
qu’elle est sûre de sa ligne que Léa
n’hésite pas à monter au
créneau et à défendre les
intérêts des enfants.
A l’écouter, on perçoit un engagement
qui n’a jamais fait défaut et une
volonté sans faille. Plus modeste sur les raisons de son
attachement envers les colos, elle lâche dans un sourire
canaille : "Si je pars
avec tant de mômes chaque été,
c’est aussi pour ne pas me retrouver seule chez moi, en
face-à-face avec mon plat de nouilles".