ENTRETIEN / "Garantir
à chaque enfant une plus grande attention"
Nicolas Gruau et Quentin Joste,
fondateurs de Wakanga, détaillent les moyens
matériels et humains mis à disposition des
enfants.
Les colos sont réputées chères et vous
prétendez rendre les vacances accessibles. N’y
a-t-il pas une contradiction ?
Quentin
Joste : Il est vrai que de nombreux enfants sont exclus
des vacances collectives faute d’argent. Ce
problème est plus criant encore depuis que les aides
financières portent plus principalement sur les loisirs de
proximité au détriment des vacances hors du
domicile familial. Pourtant, nous n’y voyons pas une
fatalité. Nous oeuvrons pour vendre des séjours
à un prix abordable, en limitant notamment le recours
à des prestataires extérieurs et en encourageant
la participation de nos bénévoles au projet
associatif. Nous nous interdisons en revanche de réaliser
des économies en rognant sur la
sécurité ou les dépenses
d’alimentation : la qualité du séjour
reste notre principale préoccupation.
Nicolas
Gruau : L’accessibilité
n’est pas que financière. Notre association milite
pour l’accueil d’enfants porteurs de handicaps ou
de troubles de la santé en séjours de vacances
traditionnels. Une réflexion préalable associant
les parents et parfois les médecins a lieu en amont du
séjour, afin de garantir des conditions d’accueil
optimales pour chaque enfant.
Vous
êtes engagés dans une démarche de
développement durable. Comment cela se traduit-il dans vos
séjours ? Q.J.
: Nous privilégions tout d’abord la
pratique d’activités en pleine nature, qui est un
support d’éducation à
l’environnement. Dans notre fonctionnement quotidien ensuite,
nous sensibilisons les enfants aux économies
d’énergie et au tri sélectif, par la
mise à disposition de matériel adapté.
Mais le développement durable n’est pas
qu’environnemental, il est aussi social. C’est
pourquoi nous encourageons l’emploi de personnel technique
issu du département où se déroule le
séjour pour favoriser le tissu économique. Dans
l’alimentation, cela se traduit par l’achat
régulier de produits locaux et régionaux.
Certaines préparations sont également issues
d’une production biologique certifiée ou du
commerce équitable.
Favoriser
l’autonomie est un objectif défendu par de
nombreux organisateurs de séjours. Comment vous y
prenez-vous ? N.G.
: Un élément trop souvent
oublié est l’accessibilité du mobilier.
On ne peut pas demander à un enfant de ranger seul sa
chambre s’il a besoin d’un adulte pour atteindre le
haut de son armoire ! Le mobilier doit donc être
adapté à l’âge des enfants.
Il en va de même pour le matériel
pédagogique. Prenons l’exemple d’un
couteau de cuisine : sous prétexte de sa
dangerosité, on interdit parfois aux enfants de
s’en servir lors d’une activité
pâtisserie, réservant son utilisation aux
adultes... Pourtant, si les règles de
sécurité ont bien été
comprises et que chaque enfant a pu au préalable se
familiariser à son utilisation, il est possible de laisser
un couteau accessible lors d’une activité cuisine.
Q.J.
: Le second volet est l’aménagement
des lieux. Nous privilégions la création de
salles d’activités thématiques dans
chacun de nos centres : une salle sera dédiée
à l’informatique, l’autre au bricolage,
etc. Cette disposition est permanente, afin de donner des
repères à l’enfant et lui permettre de
circuler librement dans ces différents espaces, au
gré de ses envies. Quand les enfants visitent les lieux
à leur arrivée, nous mettons l’accent
sur tout ce qu’il va être possible de faire dans
chaque salle plutôt que leur signifier ce qu’il est
interdit d’y faire !
La vie en
collectivité, un avantage ou un inconvénient ? Q.J.
: Sans hésiter, un avantage ! La vie en
collectivité permet le partage et encourage la naissance de
nouvelles amitiés. C’est un aspect fondamental de
nos séjours. Pour autant, c’est vrai, des conflits
peuvent naître, malgré le cadre
général posé en début de
séjour. Nous sommes alors intransigeants sur la
nécessité du respect et l’interdiction
de la violence et veillons à prendre des sanctions
appropriées aux actes commis.
N.G.
: Mais la vie en collectivité, c’est
aussi s’accorder du temps à soi. Vivre 24h/24 avec
des copains, c’est agréable, mais ce peut
être vite fatigant si l’enfant n’a pas
d’endroit ni de temps pour se ressourcer. Dans la
journée, nous aménageons des moments
où les enfants peuvent entreprendre seuls une
activité : lire dans sa chambre, écrire
à ses parents, faire un bricolage, etc. Le droit
à l’intimité, c’est aussi
pouvoir se laver dans des douches individuelles fermant à
clé. Nous y sommes particulièrement vigilants
lorsque nous sélectionnons les centres qui
hébergeront les enfants.
Q.J.
: La vie en collectivité puise aussi son
succès dans l’organisation
d’activités par petits groupes. Notre taux
d’encadrement est fixé à un animateur
pour huit enfants et va donc au-delà des conditions
imposées par la loi, qui sont d'un animateur pour douze
enfants. Ce n’est pas tant pour une
sécurité accrue que nous avons fait ce choix,
mais pour garantir à chaque enfant une plus grande
attention. Ainsi, chacun a toute sa place dans un groupe.
La brochure
de vos séjours ne mentionne pas toujours le nombre de
séances prévues pour chaque activité.
Pourquoi ? N.G.
: Pour comprendre ce parti pris, il faut remonter
à notre objectif majeur, celui d’impliquer
l’enfant dans le déroulement de ses vacances.
Notre démarche n’est pas de proposer un catalogue
d’activités imposées, ni un planning
minuté dont il serait impossible de déroger. Nous
offrons au contraire la possibilité aux enfants de proposer
des activités, ou de les choisir parmi un vaste panel, sans
obligation de pratique. Nous voulions que notre brochure
reflète cette démarche, en mentionnant simplement
la liste des activités possibles au regard des moyens
matériels dont nous disposons.
Comment
parvenir à une réelle démarche de
coéducation ? Q.J.
: Nous pensons que les parents sont beaucoup plus
regardants qu’on ne le croit sur les choix
éducatifs d’un organisateur. Aussi, nous nous
engageons à rendre transparentes nos orientations
éducatives et à multiplier les moyens
d’informations à destination des parents. Pendant
le séjour, cela se traduit par un lien
téléphonique entre le directeur et les familles
qui le souhaitent.