POINT DE VUE / Des vacances
collectives à réinventer
On ne dit plus "colos", terme
vieillot et péjoratif. On parle désormais de
"séjours de vacances", expression résolument
moderne. Mais cette nouvelle appellation, décidée
par notre ministère de tutelle, ne doit pas en rester au
stade du simple changement sémantique. Le défi
est bel et bien d’engager une transformation des vacances
collectives pour en améliorer la perception
auprès des parents et réaffirmer notre
spécificité éducative.
"Je recherchais un
séjour de vacances pour mes deux enfants depuis
déjà plusieurs jours quand j’ai
reçu une publicité dans ma boîte : on
me proposait une colo... à 1300 euros la semaine !"
Cette mère de famille s’est
intéressée au contenu du séjour, qui
lui seul devait justifier un tel prix. Et n’a pas
trouvé dans le descriptif ce qu’elle attendait
d’une colo. "Que
du sport : parapente, ULM et via ferrata. Alors que mes enfants
rêvaient simplement de faire des cabanes et
d’apprendre à pêcher..."
Ce témoignage est révélateur du
récent virage opéré par certains
organisateurs de colos. Depuis une dizaine
d’années, le secteur des séjours de
vacances semble obéir à la seule logique de
marché. Souhaitant dépoussiérer
l’image des colos, des associations ou entreprises proposent
désormais des séjours "novateurs" :
supposés répondre à une forte demande
des parents, ils font la part belle à la consommation
d’activités. Stage 100% fun, Cocktail sportif,
Sensations extrêmes... Mais derrière
l’enchaînement des prestations, dont nous ne nions
pas le caractère ludique, les enfants suivent un programme
contraint et les animateurs en sont réduits au simple
rôle d’accompagnateurs. Cette conception des
vacances collectives, qui va grandissant, n’est pas la
nôtre.
Le droit aux
vacances pour tous en péril
Il est certain que, sur le papier, ce fonctionnement est
alléchant. Mais parce qu’il est
entièrement dédié à la
pratique d’activités intensives, il ne laisse plus
de temps aux échanges entre enfants, à la
participation concrète dans l’organisation de la
vie collective ou encore à la découverte de
l’environnement local, autant de moments qui participent
à l’épanouissement de
l’enfant. Les séjours actuels concourent ainsi
à faire disparaître la plus-value
éducative des centres de vacances au profit d’un
consumérisme sans frein. On ne vit plus des
activités, on les fait.
C’est à se demander si les vacances collectives
sont encore accessibles à tous les milieux sociaux. Car en
multipliant le recours à des prestataires
extérieurs, les séjours de vacances sont
soudainement devenus inabordables pour de nombreuses familles.
L’objectif de mixité sociale, longtemps
défendu par les organisateurs, a disparu de fait. Les
classes moyennes, qui souffraient déjà
d’un désengagement progressif des aides publiques
au départ, ont carrément abandonné
l’idée d’envoyer leurs enfants en colo.
Restent les familles aisées... jusqu’au jour
où elles se détourneront des séjours
collectifs pour privilégier un autre type de vacances.
Le "vivre
ensemble", un pacte fondateur menacé ?
Car l’autre danger est bien là. Les colos, si
elles bénéficient toujours d’une image
positive dans l’opinion (quoiqu’un peu
surannée), sont inquiétées dans ce
qu’elles ont de spécifique : la vie en
collectivité. Plusieurs études
récentes montrent la méfiance des parents
à l’égard d’une organisation
centrée sur le groupe et non l’individu.
Qu’en est-il du rythme individuel de l’enfant quand
une activité doit
se faire « tous ensemble » ? Qu’en est-il
du respect de l’intimité quand
l’organisation mise en place ne permet pas à un
enfant de se mettre en pyjama à l’abri du regard
de ses copains de chambre ?
Cette crainte des parents interroge notre conception du "vivre
ensemble". Il ne s’agit en aucune manière de le
remettre en cause, car on toucherait à un fondement du
séjour de vacances. Tout l’enjeu est
d’élaborer avec les enfants un cadre qui permette
de vivre un temps de loisirs en commun, dans le respect de
l’intégrité et des
différences de chaque participant au séjour. Nous
abordons ici un point central du rôle de
l’animateur, qui doit accompagner l’enfant
à s’insérer dans un groupe, sans pour
autant passer sous silence ses envies, ses idées ou ses
désaccords.
Gagner la
confiance des parents
Enfin, il nous semble évident que la baisse de
fréquentation des colos ne pourra être
enrayée que si une grande campagne de promotion et de
communication est organisée autour des vacances collectives.
On a beau jeu de stigmatiser des parents trop inquiets
(influencés par les médias et leur effet
« loupe » sur les affaires de
pédophilie) ou porteurs d’une image
négative des séjours de vacances... Mais les
projets éducatifs, les brochures ou les sites Internet
apparaissent encore opaques aux yeux de nombreux parents. Ne leur
jetons pas la pierre, alors que la balle est dans notre camp. La
confiance des parents ne se décrète pas, elle est
à gagner.
La campagne de promotion des séjours de vacances,
lancée par de nombreuses fédérations
d’éducation populaire en 2007 et reconduite
l’année suivante, est une première
réponse. Elle doit en appeler d’autres. En tant
qu’organisateur de séjours de vacances, il nous
appartient d’en expliciter les enjeux et de
réaffirmer leur spécificité
éducative, qui agit en complément de la
sphère familiale et scolaire. Nous devons sortir de la
simple relation commerciale qui nous unit aux parents pour
développer un véritable partenariat avec eux,
seule condition pour améliorer la perception des
séjours de vacances collectifs.